|
|
Dernier message par Francois, le 16/03 à 22:35:31 |
| babel |
le 16/03/2008 à 21:19:57
Rainer Maria savait mesurer le pur instant, d'un pas ferme.
Une goutte de pluie en guise d'étalon, corolle de rosée Un chasse-neige a raboté les marges jusqu'au centre, de l'ordre Les pages évidées, le blanc déborde, la nacre à l'honneur Il faut écouler ce stock d'idées, scandées à un rythme de gouttière : Penser les pieds sur terre Rentrer au port avec la marée. La grande des équinoxes. Sablier lentement parsemé d'épuisement, je me laisse faire L'encre n'est plus rêveuse, allant pensif, tête hochée ânonnant, Elle me mènera au moins jusqu'à déloger les noms des demain L'aube part en javelle, dans un charbon sans anamnèse ni rêve Un jour peut-être après la sanie, une eau bleue abreuvera la grève Ce sera un nom de ciel. Les mouettes crient ; l'équinoxe soulève les jupes plissées du chenal Petit nom que l'on supplie, sommet inaperçu dans le tangage Ni près ni loin : en bloc posé là, immobile invisible quotidien Sur l'accoudoir de la fenêtre, fer torsadé sous le bois délavé Là, où les coudes soutiennent les mains sous le visage anxieux Quand la houle se lève, et joue à saute-brisants avec les bateaux. Penser à dire son nom Cette nuit-ci va s'éroder sur des équations et les inconnus, sur l'équinoxe Sur la jetée, les tapis de crachin lessivent le chemin de pierre. Qu'importe la nuit, qu'apporte la pluie, qu'on emporte la suie… Sur les carapaces vernies des tortues du muséum, sur les pics des oursins Je compterai en braille les décalages horaires. Le soir est un stylo qui fuit. Je cadencerai la chute des vers, déjà engloutis dans le siphon du lavabo. Demain, une bouche clinquante offrira l'émail de ses dents Dans la cuvette lavée à l'encre perdue, j'inaugurerai le nouveau registre Colonnes Morris Pour cargos de souvenirs à affréter deux fois l'an, aux grands reflux Certains font passer les silences aux aveux, cornes de brume Dès le réveil, leurs horloges perlent du sang, filets avides Sur la faïence blanche, quelques cheveux narguent la perfection, oubli de la vie. Tout a signé un passage : qui est venu ? Rilke savait compter Sur les flaques, la patience, la mesure, et un peu de temps : Têtu, poète, il marchait sur l'aube, sur les pointes de la mer Aux solstices tout autant qu'aux équinoxes, il montait haut sa marée Cerf sur l'abime noueux À la fois au loin vers là-bas et ici, en bloc de présence posé là Les jours sont des gerbes de roses. Serre-les à plein bras : ils s'échappent ! Tes roses se vengeront des baisers volés : leurs épines plantées, Leurs regards, leurs mots tranchants, tu as semé des peines en toi maintenant. Piquée, ta peau écrit l'aube sur la jetée, le port et son fanal Rayée de cheveux oubliés, sur ta céramique ivoire, Avec des pétales rouge sang en goutte-à-goutte, peu à peu. Nos sillages, eux, toujours s'enlacent, et meurent en vagues. Sortir les aiguilles des horloges, ôter les épines des ronces, raser les oursins ? Où étais-tu, avant que les bouquets se fanent, que la tempête se lève Au loin, là-bas ? Non, ici, massif posé là sur le rebord de la fenêtre, près du bois strié. Un jour, je marcherai libre dans le temps, je t'attendrai avant ton départ. En amont comme en aval, allongé sur une jonchée de secondes. Ni au loin ni là-bas : ici, en bloc placé là, Une cafetière sur le poêle parfumera le soir d'écorces d'oranges. Mes nuits seront blondes, mes aurores brunes et mes pontons seront le vernis de la lune Dans l'évier rempli d'eau, des gerbes de fleurs prendront le frais. Les clepsydres seront des mélodies. Les sabliers, à force de godiller, Mélangeront l'avant et l'après, les surprises et les patiences, Les retours des marins et les retards des remorqueurs Puis ce sera l'étal : O Rainer, il sera là, le pur instant, le voilà, l'équinoxe… Le jour s'est levé Un soleil s'effraye d'un chant d'un merle Miroirs, éclats, aube : voici les fards où le matin perle Qui a guidé mes ferrys à leurs ports, renvoyant mes doutes en haute mer ? Je dormais entre deux vagues, au moment de l'étal, Au pur instant, Rainer Maria, « nous sommes les empressés, mais la marche du temps » immobile, Comment l'as-tu mesurée ? |
|
| Francois |
Vent d’équinoxe
Dès maintenant les jonquilles jaillissent, la houle s’exaspère, s’affole. De nouveau le jour équilibre la nuit, il suffit d’un lilas pour qu’embaument la ville et les pechs alentour. Il y a des mirages au cerne de tes yeux, dans tes yeux eau de mer, apport de grâce et d'impensable. Oui, errant à corps perdu corps trouvé sortant des frontières les élargissant, je t’invente nue sous la langue comme sous les pavés la plage, ta nudité te borde (toute confiance faite à l’air), rose pivoine est mon désir ; de partout tu me parviens, me débordes, m’inondes, nous buvons au corps chaud, frissonnant, éphémère, baisons dans les roseaux effarés par le vent. Pouvoir ne pas revenir ! J’approche l’orée de l’étrangeté familière sur la jument nocturne dont l’œil oscille jusqu’à trop loin pour voir. |
|
Vous ne pouvez pas ajouter de messages."A force de péter trop haut
Le cul prend la place du cerveau"
(Julos)